Collectif d'aide et de victimes :
violences et harcèlement au ministère de l'Écologie
Témoignages
Témoignage de Cyril Petipas du 8 septembre 2025
DREAL Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges, siège à Poitiers
Lorsque j’ai demandé la protection fonctionnelle, la direction de la DREAL Nouvelle-Aquitaine n’a pas fourni les pièces de mon dossier, pourtant explicitement citées dans mon courrier. Le directeur adjoint responsable des dossiers internes a écrit qu’elle transmet les demandes de protection fonctionnelle « sans ajout ni retrait ».
Plus récemment, la direction de la DREAL Nouvelle-Aquitaine a insisté : « le service juridique a transmis telle quelle cette demande ».
Bien sûr, lire les articles L4121-1 et L4121-2 du code du travail et vérifier les obligations de moyens et de résultats de l’employeur pour tout ce qui touche à la santé et à la sécurité des agents, comme l’information, fait comprendre l’illégalité de cette pratique.
Mais la direction de la DREAL Nouvelle-Aquitaine ne s’est pas arrêtée là, puisqu’elle a joint un document à sa transmission. Un flagrant délit de mensonge contredisant ses « sans ajout ni retrait » et « telle quelle ».
Selon Abraham Lincoln, « aucun homme n’a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge ». Il a raison.
La DREAL Nouvelle-Aquitaine a fièrement écrit qu’elle « n’avait pas à constituer le dossier de demande en lieu et place de l’agent ».
Malheureusement, elle a ajouté que « des demandes de protection fonctionnelle ont été préparées pour l’ensemble des agents visés par M. Petipas dans le cas où des poursuites pénales seraient actionnées ». Pas par l’ensemble des agents, mais pour l’ensemble des agents.
Elle a récidivé en assurant aux accusés que « l’administration a préparé les éléments pour permettre que la protection fonctionnelle soit accordée dans les meilleurs délais ».
Une nouvelle fois : CQFD. Ou MQFD, les mensonges qu’il faut démont(r)er.
Découvrir que de la direction de la DREAL Nouvelle-Aquitaine détruit elle-même sa défense déjà bancale est plus affligeant que satisfaisant. Les services juridiques et la protection fonctionnelle n’ont pas vocation à couvrir les fautes personnelles incontestables de cadres, de directeurs et d’inspecteurs. Et pourtant. Si les premiers s’y attellent avec un zèle aussi maladroit que calomnieux et diffamatoire, l’auto-attribution de la seconde laisse peu de doute. De quoi remplir une onzième plainte auprès du tribunal judiciaire, ce petit goût de détournement de biens publics accompagnant les mensonges et les contradictions.
Témoignage anonyme du 4 septembre 2025
J'ai signalé du harcèlement moral de mon supérieur à la direction qui n'a rien fait pour que son comportement change. Au contraire même, j'ai été accusé de faits et de comportements imaginaires qui n'ont jamais été écrits dans les entretiens annuels et qui ne m'ont même jamais été reprochés.
J'ai fait un recours au tribunal administratif. Le mémoire en défense de la direction ne démontre rien, mais reprend ces inventions dégradantes, humiliantes, diffamatoires et calomnieuses.
J'ai toujours plaint les juristes dont le poste consiste à rattraper les fautes des directeurs. Mais là, je ne les comprends plus. Ce sont des collègues. Pourquoi rabaisser gratuitement un agent qui travaille quelques bureaux à côté ? Juste parce qu'un directeur le leur a demandé ?
Ça m'a décidé à porter plainte contre la direction et contre le service juridique.
Témoignage anonyme du 7 août 2025
Mon n+1 m’a brisée. J’en ai parlé à mon n+2 qui n’a fait que le défendre et le soutenir. Il nous a réunis et ça s’est transformé en une succession de « tu n’es qu’une menteuse ». Mon n+2 l’a laissé faire et n’est jamais intervenu. Comme tout le monde le répète : « les loups ne se mangent pas entre eux ». Pour la hiérarchie, le chef a toujours raison. Mes collègues ont eu peur et n’ont rien osé dire. Résultat : des arrêts maladie, des mois de dépression et un suivi psychologique qui a duré très longtemps.
Le harcèlement moral se manifestait par un dénigrement permanent, des humiliations régulières, des brimades quotidiennes, une pression constante, un manque de respect, etc. En réunion, il me coupait sans arrêt la parole et m’empêchait de parler. Quand je proposais quelque chose, il me forçait à écrire ou dire l’inverse, puis, devant tout le monde, il reprenait mon idée de départ. Il me répétait que je ne comprenais rien à rien et qu’heureusement qu’il était là. Je n’avais pas le droit d’écrire un mail sans son accord. Son expression favorite : « bonne à rien, mauvaise à tout ». Pourtant, je travaillais et pas lui, même s’il me répétait que je n’avançais pas. Il n’était pas souvent présent au bureau, personne ne savait où il était. Mais il reprenait à son nom tout le travail que je faisais.
J’ai appris qu’il avait ensuite brisé d’autres personnes, mais il a toujours été protégé par les directions. Il peut faire ce qu’il veut, il ne lui arrivera jamais rien. Tout le monde le sait, mais personne ne dit rien.
Je n’ai pas eu le courage de faire quoi que ce soit et je le regrette. Il brisera d’autres agents, j’en suis sûre. Si un drame humain arrive un jour, je ne me le pardonnerai pas.
Comme je fais encore partie du ministère, je témoigne anonymement, par peur des représailles. J’espère avoir un jour le courage de le dire ouvertement. Mais je suis d’accord avec l’objectif du collectif, il est temps que les mentalités changent, que les gens nocifs arrêtent de nuire et que les directions cessent de les protéger.
Malheureusement, il y a de plus en plus de chefs (et de services administratifs inutiles) et de moins en moins de travailleurs. On sent bien le fossé qui existe entre eux et nous. On ne vit pas dans le même monde : on pense service public, pas eux. Ils ont des salaires exorbitants, même s’ils ne produisent rien. Ce qui compte pour eux, c’est le paraître. Ils font payer à l’État des prestations de sociétés extérieures dix fois plus cher que le prix normal et personne ne dit rien. Ils achètent aussi des conseils ou des études qui ne servent à rien.
Il faut d’ailleurs faire taire tous ceux qui affirment que l’État manque de moyens. L’argent coule à flots dans les administrations qui ont fait leur choix : de très longues et très nombreuses chaînes hiérarchiques plutôt que l’éducation, la santé, la sécurité, la protection de l’environnement, les services publics, les retraites et j’en oublie. Les agriculteurs peuvent bien crever tant que les salaires des chefs et des directeurs tombent.
Témoignage de Cyril Petipas, lanceur d'alerte, du 6 août 2025
DREAL Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges, siège à Poitiers
Je m’appelle Cyril Petipas, Poitevin d'origine, presque cinquante ans, deux diplômes d’ingénieur et neuf chefs.
Après une carrière de pilote dans l’armée de l’air, j’ai été recruté en 2015 par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) Nouvelle-Aquitaine, dont le siège est à Poitiers. En 2018, je suis devenu inspecteur barrages et chargé de mission gestion des concessions hydroélectriques du bassin de la Dordogne, au sein du service risques naturels et hydrauliques, à Limoges.
Je devais y faire des choses que je n’avais pas le droit de faire, car seuls mes chefs avaient le droit de faire ces choses, mais, comme ils ne voulaient pas les faire, ils m’ordonnaient de les faire en me rappelant que je n’avais pas le droit de les faire, en me reprochant de les faire et me punissant de bien les faire.
Plantons le décor. La DREAL Nouvelle-Aquitaine est une administration de huit cents personnes, dont une moitié de cadres supérieurs, où il est possible d’avoir autant de collègues que de chefs. Ou l’inverse.
Son siège est à Poitiers, ses sites principaux sont Bordeaux, Limoges et Poitiers.
Sur le plan professionnel, le travail et la présence sont des options ressemblant aux produits premier prix des rayons inférieurs des supermarchés. Pas très glamour, pas mis en valeur, pas reconnus. Et leur consommation régulière peut entraîner de graves problèmes. Quand je signalais à ma hiérarchie que l’État et la DREAL ne respectaient pas la loi, la même réponse revenait, invariablement : « on ne va quand même pas s’embêter avec ça ! »
Sur le plan humain, trois principes marquent l’inhumanité de ce lieu : loi du silence, violence et mensonges.
Mais ne généralisons pas, d’irréductibles fonctionnaires résistent encore, animés d’une farouche conscience professionnelle, d’un irréprochable sens du devoir, d’une folle passion pour le service public. Si vous avez le sentiment que l’administration ne répond pas à vos attentes, n’accablez pas le simple agent devant vous, la paralysie vient probablement de plus haut, où un bon dossier est un dossier qui tourne en rond pendant des années ou des décennies.
J’ai été éduqué avec des valeurs, en particulier celles du monde militaire. Le devoir. Le travail, le travail bien fait, la réalisation des missions. À la DREAL Nouvelle-Aquitaine, c’est… différent. Pour expliquer l’écart, j’emploie souvent une comparaison entre mes deux métiers. Quand on me demandait de décoller le lundi matin, à sept heures, pour Villacoublay, je décollais le lundi matin, à sept heures, pour Villacoublay. À la DREAL Nouvelle-Aquitaine, une personne partirait à onze heures, parce que sept heures, c’est beaucoup trop tôt. Une deuxième choisirait le mardi, parce que le lundi, c’est encore un peu le week-end et qu’on est quand même mieux en télétravail. Une troisième irait en Bretagne, parce qu’elle y a une affaire familiale à régler. Une quatrième atterrirait à Istres, parce qu’elle souhaite voir la Méditerranée. Une cinquième ne bougerait pas, parce qu’elle n’en a pas envie et que rien ne l’y oblige. À la DREAL Nouvelle-Aquitaine, une personne n’assiste pas à une visioconférence, parce qu’elle doit récupérer son vélo, et c’est accepté. Une deuxième ne participe pas à une réunion sur la journée, parce qu’elle préfère rester chez elle pour une tâche personnelle, et c’est validé. Une troisième ne représente pas le préfet à une audience au tribunal, parce qu’il se trouve trop loin de chez elle, et elle en est félicitée. Une quatrième ne daigne pas venir aux réunions qu’elle a elle-même organisées, et elle en est complimentée. Une cinquième rencontre régulièrement ses troupes, soit une fois tous les deux ans, au maximum, et elle en est applaudie. Une année, mes collègues, un brin taquins, lui avaient souhaité les bons vœux en juillet. Courageusement, elle n’était pas revenue l’année suivante. Son successeur fait l’effort de se déplacer plus souvent, depuis Bordeaux, mais, après un vague bonjour depuis le couloir, en coup de vent, s’enferme dans un bureau pour assister à une visioconférence avec… Bordeaux.
La DREAL Nouvelle-Aquitaine baigne dans une curieuse contradiction. Elle recrute et place des ingénieurs et des cadres supérieurs en bas de l’échelle selon une étonnante trilogie : zéro confiance, zéro autonomie, zéro responsabilité.
Un jour de mai 2023, bêtement, j’ai osé dénoncer des faits de harcèlement moral au travail, avec des pages et des pages de preuves démontrant les fautes incontestables de mes supérieurs. Presque toutes les cases de la longue liste des éléments caractérisant ce délit étaient cochées.
Bêtement, car j’ai cru au prolongement du changement de mentalité de la société. Il subsiste des lieux, en France, où libérer sa parole reste un crime abominable, le pire de tous.
Certaines administrations ont su avancer, comme les Armées et leur cellule Thémis, chargée de recueillir les signalements de violence et de veiller à leur juste traitement. Elles ont appris qu’au-delà des principes vertueux et humains, tout simplement, les révélations d’histoires pourries n’apportent jamais rien de bon.
D’autres, dépourvus d’attirance pour la moindre valeur, n’ont ni compris ni évolué, malgré les progrès des obligations légales et des mentalités. Ils s’opposent à toute nouvelle mesure en faveur des victimes, avec autant de fermeté que de fourberie. Le ministère de l’Écologie végète dans l’atmosphère des siècles passés, où une affaire rondement menée est une affaire étouffée, où la vérité, la morale, le courage et l’honnêteté ne sont que des concepts vides. Quoi qu’il en coûte.
Bêtement, car, jamais, personne n’a réfuté l’immense majorité des faits que j’ai avancés. Jamais, personne ne les a analysés. Jamais, personne ne m’a démontré que mes preuves étaient fausses. Jamais, personne ne m’a expliqué que je m’étais trompé. Jamais, personne n’a établi que mes écrits étaient erronés. Jamais, personne. Si les Armées sont la grande muette, l’Écologie est le monde du silence. Jamais, personne n’a reconnu la moindre faute de mes supérieurs, même les plus incontestables. Jamais, personne. Le proverbe a tort, la perfection existe, le ministère de l’Écologie fait accéder au sublime.
Bêtement, car j’ignorais la politique de ce ministère dont le nom, avec justesse, ne porte plus le mot solidaire. Une règle du jeu qui tient en une expression, pas de bruit, pas de vagues, et en une unique mesure de « gestion » des problèmes, la mutation. On ne s’en occupe pas, on ferme les yeux et on les déplace. Promotion pour les chefs, expulsion pour les besogneux des bas-fonds. Ainsi, un petit chef des premiers maillons de l’interminable chaîne hiérarchique, touchant à peine 75 000 € par an, a pu gravir une marche, chaudement félicité pour, entre autres choses, avoir dédaigné ses fonctions de représentant des préfets qui délèguent certains de leurs pouvoirs aux DREAL. Au ministère de l’Écologie, faire déplacer les partenaires de l’autorité préfectorale, en application de prescriptions officielles signées de sa main, puis les abandonner, sans les prévenir, assure une récompense. Les devoirs d’exécution des missions, de dignité, de respect, de politesse et, d’une manière plus pratique, d’organisation, de préparation et d’animation s’apparentent aux promesses : elles ne concernent que ceux qui les écoutent, ceux qui y croient ou ceux qui les subissent.
Bêtement, car je suis passé du statut de victime à celui de coupable qu’il faut anéantir au nom du pas de bruit, pas de vagues. Un pilonnage bien huilé, mais vide de preuves : menaces, intimidations, préjudices, suspension de fonctions, mise au placard, expulsion, sanction disciplinaire.
Pourtant, les guides ministériels sur le sujet indiquent clairement que doubler des mesures expose au risque de leur requalification en sanctions déguisées par les juges. Qu’est-ce alors que le doublement du double ? De la gourmandise, de l’acharnement ? Mais, si l’Écologie est généreuse en armes de destruction massive, elle est avare en démonstrations et en justifications. Car, bien entendu, toutes ces largesses s’effectuent hors de tout cadre disciplinaire légal.
Pourtant, la Défenseure des droits recommande « aux employeurs de veiller tout particulièrement à l’effectivité de la protection des victimes présumées en affectant, si nécessaire, les conditions de travail de la personne mise en cause, et non celles de la victime présumée. En effet, changer les conditions de travail de la victime présumée pourrait constituer une mesure de représailles prohibée ». Mais, pour le directeur de la DREAL Nouvelle-Aquitaine, des accusations argumentées de délits ne pèsent pas lourd devant la tranquille quiétude des organigrammes : « une organisation spécifique pour un agent [...] n'est pas compatible avec le fonctionnement normal du service ». Ainsi, à l'Écologie, les accusés sont protégés et ce sont les victimes qui doivent subir les conséquences des fautes de leurs supérieurs, jusqu’à la suspension de fonctions, la mise au placard et l’expulsion.
Seconde déduction : dans ce ministère, ignorer les délits est un « fonctionnement normal ».
Quand la ministre de l’Éducation, ancienne première ministre, lance son plan « Brisons le silence », ses voisins verts l’adaptent en « Brisons pour le silence ». Suivre la règle du jeu, quoi qu’il en coûte.
Bêtement, car je n’imaginais pas une direction capable de se cacher derrière une « enquête » qui n’en porte même pas le nom et qui est vide de la moindre analyse.
Bêtement, car je n’imaginais pas des fonctionnaires capables de créer un faux mail de plainte dans le but de nuire. Prêts à tout, quoi qu’il en coûte.
Bêtement, car je n’imaginais pas l’inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD), aux missions de conseil et de contrôle, capable de fabriquer une fausse enquête.
Bêtement, car je n’imaginais pas le collège référent déontologue, chargé de recueillir et de traiter les alertes de faits répréhensibles, capable de détourner le regard d’une affaire gênante, en appelant allégations des preuves aussi caractérisées que nombreuses et accablantes.
Bêtement, car je n’imaginais pas de hauts fonctionnaires capables d’autant de mensonges.
Il y a ceux, niveau cour de récréation, qui pourrissent le quotidien, ces délicates calomnies fausses, ces coups bas gratuits, ces doux plaisirs pervers de personnes disposant de minuscules pouvoirs inversement proportionnels à leur ego. Et il y a les autres, guère plus élevés, mais bien plus graves.
Un de ces petits chefs, à 75 000 € par an, m’a accusé d’avoir commis un attentat contre sa vie en claquant une porte alors qu’il se trouvait assis derrière son bureau, à une bonne dizaine de mètres, en entretien avec un collègue. Un mensonge si grossier, si intenable qu’il en a romancé un nouveau, par la suite, encore plus loufoque. Les inspecteurs de l’IGEDD, malgré tous leurs vaillants efforts, n’ont pu lui inventer d’issue de secours suffisamment crédible, c’est dire. Le même a justifié ses absences, qui durent depuis des années, par la perte d’un badge. Une autre m’a reproché de ne pas répondre à ses appels ou de ne pas assister à des réunions pendant mes congés ou hors de mon temps de travail. La même a trafiqué des chiffres pour supprimer mon poste.
Sans surprise, les menaces et les intimidations ont également fusé, pour des fautes aussi graves qu’imaginaires. Mais, curieusement, ou pas, les actes d’accusation sont toujours restés invisibles.
Un directeur adjoint a écrit, à propos de leur « enquête » vide, que « toutes les personnes entendues, et pas uniquement ses supérieurs hiérarchiques, ont pu s’exprimer autant qu’elles le souhaitaient, être entendues avec la même attention, et ont d’ailleurs manifesté leur satisfaction devant la qualité de l’écoute et la possibilité de s’exprimer librement ». Sauf qu’aucun témoin n’a été auditionné.
Ce directeur adjoint a aussi expliqué, dans le cadre d’une demande de protection fonctionnelle, que la DREAL Nouvelle-Aquitaine « assure la transmission auprès de la centrale, sans ajout ni retrait ». Sauf que la DREAL Nouvelle-Aquitaine a joint un document, dans le sens du refus, en négligeant tous les autres.
Un fonctionnaire faisant l’objet d’une mesure prise en considération de sa personne doit, conformément à la réglementation, obtenir les enquêtes et les procès-verbaux. Le directeur de la DREAL Nouvelle-Aquitaine m’a écrit qu’il ne me donnait pas ces pièces obligatoires et, dans le même temps, a répondu à la commission d’accès aux documents administratifs, la CADA, qu’il me les avait tous fournies.
Un domaine ne souffre ni de surprise ni de tromperie : l’avancement. Le mensonge serait-il une condition nécessaire et suffisante pour progresser dans une « belle » carrière ?
Bêtement, car, jamais, je n’aurais pu imaginer qu’un ministère entier puisse afficher un tel irrespect des lois et des magistrats, certain de l’impunité de tous ses cadres, de l’inaction et de la lenteur de la justice, et un tel mépris pour l’être humain, même s’il n’est qu’un besogneux des bas-fonds.
État de droit. C’est une bien belle expression, mais ce n’est qu’une expression.
La question de l’État de droit en France suscite autant de débats que de polémiques. Pourtant, la réponse est simple : non, la France n’est pas un État de droit. Les lois de la République ne s’appliquent pas partout. Si le doute plane au-dessus des banlieues gangrenées par la violence, la certitude s’impose au ministère de l’Écologie.
Dans les règles de cette administration, du collège référent déontologue, de l’IGEDD et des DREAL, les violations incontestables, car démontrées, des lois françaises « constituent des allégations et non des faits manifestes ».
Ces atteintes au droit français ne proviennent pas d’une note malheureuse, ou maladroite, d’un obscur fonctionnaire du ministère de l’Écologie. Elles représentent sa doctrine officielle, couchée, noir sur blanc, par trois inspecteurs de l’IGEDD, dont deux généraux, dont le référent des enquêtes administratives et des affaires sensibles, validée par la hiérarchie de l’IGEDD, par la direction des ressources humaines et par le ministère de l’Écologie, et pratiquée par la DREAL Nouvelle-Aquitaine.
Ces derniers temps, le nombre de révélations des manques de l’administration française explose, selon une gracieuse exponentielle. Toutes ces fautes ont deux caractéristiques communes : les accusés auraient agi de manière isolée et dissimulée. Le cas de l’Écologie est donc singulier, la violence et la violation des lois françaises sont assumées, décomplexées, affichées, écrites et appliquées par l’ensemble des interminables chaînes hiérarchiques : petits chefs, moyens chefs, grands chefs, directeurs, inspecteurs. Elles sont si ancrées qu’elles ont même obtenu l’assentiment silencieux de l’immense majorité des représentants du personnel.
« Les fonctionnaires sont comme les livres d’une bibliothèque : les plus haut placés sont ceux qui servent le moins ». Georges Clemenceau n’avait pas imaginé l’indispensable utilité des hauts fonctionnaires qui n’hésitent pas à manigancer de honteuses intrigues pour sauver leurs congénères auteurs de fautes indiscutables.
Premier exemple. La réglementation française concernant le harcèlement moral au travail est sans équivoque. En effet, lorsqu’un agent présente des éléments de fait laissant supposer l’existence d’un harcèlement, il incombe à l’administration de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d’un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement. La charge de la preuve revient à l’institution, qui doit examiner tous les éléments de fait dans leur ensemble, sans en écarter certains et sans les apprécier de manière séparée. Oui, tous doivent être disséqués et réfutés avec des preuves. Tous.
Or, pour le ministère de l’Écologie, « l’analyse contentieuse d’un harcèlement moral repose sur un triptyque : les faits apportés par l’agent, les réponses de l’administration incluant des éléments sur le comportement de l’agent et la balance entre les deux ». Les éléments de faits ont disparu, les preuves exigées sont devenues des réponses, la variable d’ajustement du comportement est apparue et une balance subjective est miraculeusement née.
Avec cette escroquerie des mots, tout devient possible pour trafiquer la vérité. Cette tambouille porte un nom : violation du droit français.
Ainsi, le ministère de l’Écologie s’autorise à ignorer les arguments établissant les fautes de ses cadres, même les plus incontestables, et à jeter une solide dose de mauvaise foi sur un des deux plateaux de la balance, pour la faire pencher du « bon » côté, sans la moindre justification. L’examen de tous les éléments n’est alors, ni obligatoire, ni rigoureux, ni soumis à démonstration, mais sujet à interprétation. Avec cette politique, si la parole des victimes n’a plus à être analysée et réfutée, celle des chefs et des directeurs vaut garantie, sans vérification. La charge de la preuve en est inversée. La glissade vers la diffamation et vers la dénonciation calomnieuse est plus qu’autorisée, elle est encouragée. La règle pousse aux « enquêtes » vides ou fausses.
Nouvel exemple. Dans la réglementation française, la répétition de faits de nature identique ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail est constitutive du harcèlement moral au travail. Au fil du temps, mes supérieurs m’ont retiré des missions et mis à l’écart. Ils ont également accumulé les accusations mensongères. Les preuves sont formelles, c’est irréfutable, et, d’ailleurs, personne ne m’a jamais démontré le contraire. Dans les lois propres de l’Écologie, pour la direction de la DREAL Nouvelle-Aquitaine, pour l’IGEDD, pour le ministère, ces faits attestés ne représentent, en aucune manière, des comportements constitutifs de harcèlement moral et, à l’image des mensonges, « relèvent de l’exercice normal du pouvoir hiérarchique ».
Cette affirmation a été écrite par l’ancienne directrice de la DREAL Nouvelle-Aquitaine, devenue inspectrice générale et cheffe à l’IGEDD. Après mon alerte interne sur les pratiques douteuses de l’IGEDD auprès du collège référent déontologue, le ministère a imposé la participation de deux inspecteurs de l’IGEDD pour la « gestion » adéquate de cette affaire gênante. Voltaire a dit : « ce que nous appelons le hasard n’est et ne peut être que la cause ignorée d’un effet connu ».
Les guides ministériels traitant des violences et des enquêtes administratives sont pourtant bien écrits. Même s’ils ne sont pas appliqués, ils permettent un constat simple : la DREAL Nouvelle-Aquitaine et l’IGEDD n’ont pas fait tout ce qu’il fallait faire et fait tout ce qu’il ne fallait pas faire. La règle, quoi qu’il en coûte. Réfuter chaque ligne, aussi infâme qu’infamante, à la puérile bassesse, fut d’une facilité déconcertante. En résumant et en regroupant au maximum les manquements de l’IGEDD, j’ai listé une quarantaine d’infractions aux obligations d’une véritable instruction. Parmi celles-ci : diffamations et dénonciations calomnieuses, affirmations fausses et non démontrées, absence de certitude, de matérialité et d’établissement des faits, de pièces et de preuves existantes, probantes et étayées de la défense, absence de recoupements et de vérifications, assertions sans éléments établis, conclusions basées uniquement sur les témoignages des accusés, présence de doutes et d’incertitude, instruction totalement à charge contre la victime et totalement à décharge pour les accusés, jugements moraux et de valeurs, propos ni nuancés ni mesurés, allusions. Et, bien sûr, sans surprise : absence de rigueur, de déontologie, d’exactitude, d’objectivité, de neutralité, de partialité, de respect, de soin.
Même si les directeurs ne cessent de répéter que l’« enquête » administrative interne « a été menée dans le total respect des principes d’impartialité, de neutralité et d’objectivité », le hasard, sa teneur, son fond et sa forme ne laissent que peu de doute sur ces trois qualificatifs et sur le rôle des différentes parties. Si vous avez quelques minutes à perdre, surfez sur le site internet de l’IGEDD et riez, jaune, avec les victimes, devant les valeurs affichées par cette institution : impartialité, responsabilité, indépendance.
Dernier exemple. Au ministère de l’Écologie existe une autre règle illégale : il faut déprécier les entretiens professionnels, pourtant entérinés depuis des années, d’une victime qui a l’insolence de se défendre. Défoncer un agent qui travaille, qui travaille bien et qui possède d’excellentes notations fait mauvais genre, même dans ce monde inhumain.
Liberté. C’est un bien beau mot, mais ce n’est qu’un mot.
Dans la doctrine écrite par l’IGEDD et validée par l’ensemble du ministère de l’Écologie, une victime est libre de son choix : soit elle se tait, soit elle part. J’ai osé dénoncer des faits de harcèlement moral, j’ai osé porter plainte, j’ai donc été expulsé « dans l’intérêt du service ». Motif officiel de mon déplacement d’office à l’extérieur de cette administration, la libération de la parole y est jugée en crime inexcusable. Pourtant, je n’ai commis aucune faute et mon travail est unanimement reconnu, autant en qualité qu’en quantité. Comme l’a immédiatement compris et résumé une de mes anciennes collègues : « je me fais violer au bureau, je le dis, je suis virée ! »
Égalité. C’est un bien beau mot, mais ce n’est qu’un mot.
Un fonctionnaire d’État peut dépendre d’un ministère et être affecté dans un autre ministère, les deux fixant une partie de son salaire, qui est donc tributaire de sa provenance. L’Écologie a choisi d’accroître ces inégalités « normales » en baissant les indemnités de ses immigrés : à grades et échelons identiques, un agent gagnera moins au ministère de l’Écologie que dans son ministère d’origine. Ainsi, à la DREAL Nouvelle-Aquitaine, à fiches de poste identiques, votre collègue de bureau peut empocher 1 000 à 2 000 € de plus que vous. Là encore, rien de plus normal. Bien sûr, la part variable des primes qui dépend, en théorie, de la manière de servir, est une excellente arme de harcèlement et de destruction des victimes qui ont l’insolence de se défendre.
De plus, le ministère de l’Écologie n’est pas gêné de confier les mêmes tâches à un technicien et à un ingénieur divisionnaire.
Si, à cause de ces inégalités salariales, les femmes avaient dû arrêter de travailler le 8 novembre à 16h48, mes rentrées de septembre, après les congés d’été, auraient donc dû avoir lieu en janvier.
Fraternité. C’est un bien beau mot, mais ce n’est qu’un mot.
Oubliez vos films, séries et romans préférés dans lesquels les supérieurs se battent, s’impliquent et se sacrifient pour leurs subordonnés. Dans la vraie vie du ministère de l’Écologie, le besogneux des bas-fonds n’existe que pour l’ego, le bon plaisir et le bien de l’avancement de ses nombreux chefs.
Un jour, tout aussi bêtement que pour la révélation du harcèlement, j’ai demandé si les carrières et les organigrammes passaient avant la santé des agents et la réalisation des missions. Bêtement, car la réponse fut d’une évidente affirmative et, par la suite, confirmée par écrit.
Le même jour, j'ai obtenu le second objectif de la direction qui s'est égarée dans un double excès d’étonnante honnêteté : « sauver les autres ». Ne faisant pas partie de ces autres, j’ai bien saisi le sens pas bien caché du sous-entendu pas bien sous-entendu. Détruire, quoi qu’il en coûte.
Cette histoire avait débuté par une action collective, en juin 2021, exprimant un mal-être unanime causé par les méthodes de travail et par l’organisation. Tous les arguments ont été balayés, en une seconde, en application de la stratégie éprouvée du ministère : « tout va bien, tout est parfait, je ne veux plus entendre la moindre critique ». Un brillant chef qui a bien mérité sa promotion.
Un audit a confirmé le constat de groupe avec ses conclusions sans ambiguïté : « un travail approfondi de management avec l’ensemble du collectif est à mener », « le statu quo de l’organisation en place n’est pas envisageable », « souffrance au travail ». La première proposition de la direction de la DREAL Nouvelle-Aquitaine fut d’ajouter de nouveaux chefs, la seconde de ne rien faire. CQFD.
Quand un agent porte des accusations de délits sur certains de ses supérieurs et apporte les preuves de ces fautes, la DREAL Nouvelle-Aquitaine lui ordonne, sous la contrainte, d’affronter, de subir et de côtoyer de manière régulière et répétée, au quotidien, les personnes qu’il incrimine, sans aucune démonstration contraire, sans les conclusions des actions administratives et judiciaires, au mépris des principes élémentaires de justice, de précaution et de protection de ces victimes.
Pourtant, la Défenseure des droits a écrit : « à titre de mesure de protection, il est primordial que l’employeur permette à la victime présumée de ne pas côtoyer la ou les personnes qu’elle a mise(s) en cause, et ce dès le stade de l’enquête, afin de garantir sa sécurité et sa santé ».
Mais une superbe justification suffit : « on ne va quand même pas attendre que la justice se bouge ! » Parce que les carrières et les organigrammes. CQFD.
État exemplaire. C’est une bien belle expression, mais ce n’est qu’une expression.
Le ministère de l’Écologie, s’il viole la loi française, la fait respecter dans le cadre de ses missions régaliennes. S’il se félicite de la violer, il fait condamner les contrevenants. Une version verte du « faites ce que je dis, pas ce que je fais », puisque ses devoirs de protection de ses besogneux des bas-fonds et de l’environnement ne constituent pas sa priorité, uniquement orientée vers les carrières.
Le slogan des ressources humaines du ministère de l’Écologie, « l’administration veille à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous son autorité », n’empêche pas les fiches gênantes du registre de santé et de sécurité au travail de disparaître.
Dans ce domaine censé être primordial, l’administration est tenue à une obligation de moyens et une obligation de résultats, sauf si elle apporte la preuve qu’elle a pris toutes les mesures prévues par la loi. L’information en fait partie, par exemple.
Pour ma demande de protection fonctionnelle, la direction de la DREAL Nouvelle-Aquitaine n’a fourni aucune pièce du dossier au décideur, sans m’avertir ni de son action ni de la procédure. La protection fonctionnelle ne m’a donc pas été octroyée, faute d’éléments. Le ministère de l’Écologie, qui n’a pas jugé utile de les réclamer puisqu’ils étaient cités dans mon courrier, a cependant ajouté que « cette position est susceptible d’être revue dans le cas où vous communiquerez de nouvelles informations susceptibles d’étayer votre demande ». Bien entendu, j’ai apporté tous les documents. Bien entendu, il n’a pas daigné répondre, ni par politesse ni pour information. Plusieurs mois plus tard, selon les conseils mal avisés d’un directeur adjoint, j’ai effectué une seconde demande de protection fonctionnelle. Encore une fois, bien entendu, le ministère de l’Écologie n’a pas daigné répondre, ni par politesse ni pour information.
En accord avec elle-même, la DREAL Nouvelle-Aquitaine se permet de transformer un accident du travail, constaté par deux médecins, en arrêt de travail. Bien entendu, sans la moindre information et sans la moindre compétence médicale. En outre, selon ses directives, il revient à l’agent, et pas à ses services, d’effectuer toutes les démarches. Ainsi, la victime d’un accident du travail, plongée dans le coma ou gravement handicapée, doit se connecter au site intranet pour remplir les papiers. Et dans les temps.
Alors, bien sûr, le ministère de l’Écologie a besoin de davantage de moyens, de plus de milliards, pour honorer ses missions essentielles et prioritaires. Toutes ces carrières et tous ces organigrammes attendent vos impôts. La règle fondamentale, pas de bruit, pas de vagues, exige vos sacrifices. Mais, soyez sans crainte, à l’image des hôpitaux qui préfèrent remplacer des postes d’infirmières par des sièges de directeurs, s’il faut choisir, l’Écologie expulsera les besogneux des bas-fonds et les victimes qui ont l’insolence de se défendre.
En conclusion, je citerai Amélie Nothomb, qui résume à la perfection cet acharnement du quoi qu’il en coûte de la violence et de l’illégalité : « l’erreur, c’est comme l’alcool : on est très vite conscient d’être allé trop loin, mais plutôt que d’avoir la sagesse de s’arrêter pour limiter les dégâts, une sorte de rage dont l’origine est étrangère à l’ivresse oblige à continuer ».
L’excès de gourmandise a entraîné le dépôt de dix plaintes auprès du tribunal judiciaire de Limoges, entre mars 2024 et juin 2025, contre une bonne vingtaine de cadres, de directeurs, d’inspecteurs, de hauts fonctionnaires, de Limoges, de Poitiers, de Bordeaux, de Paris, pour autant d’infractions, dont :
- harcèlement moral au travail ;
- sanctions, suspensions, mesures disciplinaires, menaces, intimidation, traitement désavantageux et préjudices après avoir dénoncé les faits de harcèlement moral au travail ;
- défaut de l’obligation de prévention et de protection ;
- diffamation ;
- dénonciation calomnieuse ;
- faux et usage de faux en écriture publique commis par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service ;
- entrave à la saisine de la justice ;
- violences volontaires aggravées ;
- association de malfaiteurs ;
- la complicité de toutes ces infractions.
Je suis protégé par la procédure externe du lanceur d’alerte, effectuée conformément à la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 modifiée par la loi n° 2022-401 du 21 mars 2022, auprès de madame la procureure de la République du tribunal judiciaire de Limoges, pour des situations susceptibles de constituer :
- des crimes et des délits ;
- des menaces et des préjudices pour l’intérêt général, notamment pour les agents du ministère de l’Écologie ;
- des violations et des tentatives de dissimulation de violations de lois, de règlements et du droit.
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